Comment soigner la jalousie dans le couple

Une idée largement répandue est qu’il n’y a pas d’amour sans jalousie. Autrement dit, se montrer jaloux est marque d’amour. Etymologiquement, le mot « jaloux » provient de la même racine grecque que « zélé ». À l’origine, être jaloux, c’est donc être empressé et plein d’attentions. Le terme a ensuite évolué vers le sens d’être attaché à une personne, à des avantages, à des privilèges. En ce sens, on parle de Jehova, dieu jaloux, qui veut être aimé, servi de façon exclusive et sans réserve et se venge de tout manquement. Les trouvères du Moyen Âge ont ensuite contribué à assimiler amour et jalousie, l’érigeant en forme définitive de l’amour en Occident. De là, on dérive doucement vers les formes pathologiques de la jalousie. À partir du moment où l’amour est défini comme la fusion totale de deux êtres en un seul, toute atteinte à cette unité devient intolérable’. Dans la culture méditerranéenne en particulier, la jalousie et ses drames sont considérés avec indulgence. Hier, tuer l’épouse infidèle était une concession faite à l’ordre phallocrate de la société, une réparation de l’honneur bafoué. Aujourd’hui encore, la jalousie peut être considérée comme circonstance atténuante dans un contexte pénal. Au XVIIIe siècle pourtant, Diderot avait déjà donné de la jalousie une définition aussi brève que percutante : « Passion d’un animal indigent et avare qui a peur de manquer ; sentiment infondé de l’homme, conséquence de coutumes erronées et d’un droit de propriété étendu à un objet sensible, pensant et libre ».

Tout est dit. La jalousie est une passion : ses racines émotionnelles nous privent de l’exercice de la raison et nous réduisent à l’état d’animal. Animal dangereux parce qu’affamé. Et de quoi ? Affamé d’amour bien entendu, d’amour total, exclusif, inconditionnel et éternel, si absolu en somme que nous savons au plus profond de nous-même qu’il s’agit là d’une illusion. Et c’est bien la peur de perdre cette illusion qui déclenche la jalousie. Vu sous cet angle, le jaloux suscite la pitié. Il exprime à l’état pur l’angoisse d’exister. Ayant attribué à l’autre le pouvoir exclusif de faire (ou de défaire) son bonheur, il ne peut le perdre sans tout perdre et il ne lui reste alors qu’à mourir. Ou à tuer. La jalousie est avant tout une peur.

La situation s’aggrave encore quand les croyances sociales se greffent sur la passion humaine, légitimant ainsi un sentiment de possession aussi absurde qu’immoral. Quand chez un individu jaloux se conjuguent la peur et la certitude sociale d’être dans son bon droit, on assiste à l’alliance du Parent normatif avec l’Enfant non OK (adapté négatif) contre laquelle l’Adulte est totalement désarmé. Le drame n’est plus très loin.

Mais sans aller jusque-là, de nombreux couples traversent les ans en s’infligeant réciproquement des blessures qui les laissent amers et dépités. Les manifestations de jalousie deviennent les seuls signes de reconnaissance qu’ils soient capables d’échanger. Tout sentiment d’amour a disparu, seul s’exprime une haine réciproque masquée par ce qu’ils appellent les offenses morales et affectives de l’autre. Que faire alors ?

Partons d’abord de ce constat : la jalousie n’est pas l’amour, elle en est la négation. Il faut la contrôler dès les premiers symptômes, car c’est un poison aussi sûr qu’inexorable.

Pour la reconnaître, il ne faut pas l’ignorer. Il faut être à l’écoute de cette émotion fondamentale qui s’appelle la peur. Peur de la solitude, peur d’être abandonné, peur de perdre l’autre et le confort de la relation, peur de se voir préférer un(e) rival(e) jugé(e) supérieur(e). Reconnaître sa propre peur permet d’en parler, et parler, c’est déjà commencer à se libérer de sa peur, renforcer l’estime de soi, retrouver une position OK.

Dans le processus de la jalousie, on voit souvent apparaître la confusion entre fidélité et exclusivité. Nous avons pris avec notre partenaire un engagement de respect et d’amour ; nous n’avons pas acquis un objet réservé à notre usage exclusif. Chacun a droit à son autonomie, la meilleure des garanties pour la vie de couple. Bien sûr cette autonomie ne peut pas être exercée de façon désordonnée et anarchique. Son étendue et ses limites doivent être discutées de façon claire et déboucher sur un consensus. Certains s’interdisent toute relation sexuelle à l’extérieur du couple. D’autres s’accordent une liberté réciproque, sous réserve qu’elle s’exerce avec discrétion, loin de la sphère relationnelle et sociale du couple. D’autres encore choisissent la voie de la liberté dans la transparence totale. Nous émettons des réserves sur la solution du « On se dit tout », souvent dangereuse et illusoire ; elle exige des partenaires une maturité morale et affective que nous avons rarement vue à l’oeuvre.

Être capable d’éprouver de l’attraction ou de l’excitation pour un tiers, c’est maintenir le désir vivant en soi ; celui-ci vient alors alimenter la charge érotique du couple. Certains couples s’autorisent des initiatives plus audacieuses. Par exemple, flirter devant l’autre, en maintenant avec ce dernier un contact visuel de façon à lui signifier qu’on est en fait avec lui. Ou inviter un tiers à participer à leurs rapports sexuels.

Enfin pour contrôler la montée de la jalousie, on peut recourir à une des techniques de distanciation. Cela consiste à se dédoubler mentalement pour se regarder agir et ressentir. La distanciation aide l’individu à reprendre le contrôle de ses émotions et à redonner toute sa place à l’Adulte.

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